APA-Niamey (Niger) L’artiste
Sénégalais Didier Awadi, 39 ans, a affirmé jeudi à Niamey, que «quand
l’Europe aura effectivement entrepris de faire le nettoyage chez elle,
il nous faudra, nous aussi, virer tous leurs citoyens en situation
irrégulière de chez nous».
Le rappeur sénégalais qui a accordé un
entretien à APA, au moment ou les 27 pays européens mettent la dernière
main sur leur «pacte commun sur l’immigration» en vue de son adoption
définitive en octobre prochain, constate avec amertume, que l’Europe
d’aujourd’hui, «refuse en fait, à l’Africain, du fait de sa seule
pauvreté présumée, le droit de voyager dans des conditions normales. Ce
qui reste aux jeunes africains, c’est la mer et la clandestinité».
«Ils poussent l’audace jusqu’à mettre
des bateaux étrangers sur nos côtes pour nous empêcher de bouger. Si on
tournait la situation à l’envers, avec des Africains qui empêcheraient
par exemple, à des Espagnols de venir en Afrique, on crierait tout de
suite au racisme. Je pense qu’il y a une vraie négrophobie ambiante,
qu’il faut oser la dénoncer», déclare Awadi.
«Je soutiens que chaque Africain a le
droit de voyager. On a le devoir de l’accueillir partout parce que
nous, nous avons accueilli tout le monde. Il faut d’abord dénoncer ce
projet d’emmurement qui ne dit pas son nom", a-t-il ajouté.
Il faut ensuite appliquer la
réciprocité ; c’est à dire virer tous les irréguliers, leur imposer des
tests ADN, le test du Sida, le visa biométrique... Et aussi, une fiche
de police qui renseigne sur ce que certains d’entre eux font exactement
en Afrique. Depuis les casinos des quartiers pauvres, jusqu’aux
filières de traffic d’or, de diamant, de pédophilie, de production, de
transit ou d’écoulement de la drogue….»
«S’ils nous y contraignent et une fois
qu’on aura chassé de chez nous tous ceux qui nous pillent, il y aura
davantage de richesses et les candidats à l’émigration vont rester. Je
ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut négocier sur ces questions.
On ne négocie pas, il faut plutôt de la fermeté».
SUICIDE OU EMIGRATION PAR LA MER
Awadi qui est Niamey dans le cadre d’un
atelier d’encadrement de jeunes rappeurs, estime que «les Africains
prennent la mer aujourd’hui, parce qu’ils sont appauvris et désespérés.
Aujourd’hui, ce sont justement ces gens qui nous appauvrissent qui ne
veulent pas qu’on aille chez eux. Il y a tout un système qui est en
marche pour nous appauvrir, piller nos ressources et richesses ainsi
que nos matières premières. Le paradoxe inacceptable, c’est que ces
mêmes pilleurs ne veulent pas que les gens qu’ils ont appauvris
viennent chez eux. C’est une hypocrisie internationale à laquelle il
faudra mettre un terme ou alors en tirer toutes les conséquences» .
GOUVERNEMENT FEDERAL ET ETATS UNIS D’AFRIQUE
Quant au gouvernement fédéral des
Etats-Unis d’Afrique le pionnier du rap africain estime qu’il faut
«commencer avec les Etats qui y croient. Un gouvernement continental,
c’est une urgence, ce n’est pas un luxe et il faut qu’on y arrive très
rapidement. S’il y a 5 pays qui y croient il faut aller avec ce nombre
et après, les autres vont suivre. L’Europe s’est construite comme cela,
les Etats-Unis d’Amérique n’ont pas eu tous leurs Etats en même temps,
de même que l’URSS. C’est comme cela que ça marche, on n’a pas à
attendre l’unanimité sur un projet d’une telle envergure, tout le monde
n’a pas le même regard par rapports à l’histoire et à sa dimension».